Le tax holiday accordé aux nouveaux résidents a longtemps été l'argument le plus fort de l'Uruguay : une fois devenu résident, vous pouviez tenir vos revenus de capitaux étrangers à l'écart de l'impôt uruguayen sur le revenu pendant plusieurs années. Avec la loi de finances de décembre 2025, l'Uruguay a réécrit ce régime pour tous ceux qui deviennent résidents à partir du 1er janvier 2026. La loi en fixait les grandes lignes, les détails ne sont arrivés que maintenant : avec le Decreto 188/026 du 10 août, le Decreto 225/026 du 16 septembre et deux résolutions de l'administration fiscale, la DGI, la dernière datée du 8 octobre. Si vous envisagez de vous installer en Uruguay en 2026 ou en 2027, vous pouvez donc, pour la première fois, calculer précisément ce que coûte le tax holiday et ce qu'il rapporte.
Notre article sur la réforme fiscale de 2026 présente l'ensemble de la loi de finances et le nouvel impôt sur les revenus étrangers. Celui-ci se concentre sur le régime des nouveaux résidents lui-même, que l'Uruguay appelle Régimen de impatriados.
La règle de base : onze ans hors de l'IRPF
Le nouveau régime figure à l'article 24-BIS du titre 7 du code des impôts, inséré par l'article 648 de la Ley 20.446. Les personnes physiques qui deviennent résidentes fiscales en Uruguay à partir du 1er janvier 2026 peuvent choisir, pour leurs revenus de capitaux et leurs plus-values de source étrangère, l'impôt des non-résidents (IRNR) au lieu de l'impôt sur le revenu IRPF. Ce choix vaut pour l'année d'arrivée et les dix exercices fiscaux suivants, soit onze ans au maximum.
L'article 1 du titre 8 explique pourquoi cela équivaut à une exonération : l'IRNR ne frappe que les revenus de source uruguayenne. Les dividendes d'une société française, les intérêts d'une banque suisse ou les plus-values sur un ETF domicilié au Luxembourg échappent donc à l'impôt tant que l'option court.
L'option ne concerne que ces revenus de capitaux étrangers. Les revenus de source uruguayenne restent imposables normalement, par exemple un salaire, des honoraires pour un travail effectué dans le pays ou le loyer d'un appartement à Montevideo. Le choix ne peut être fait qu'une seule fois.
Deux conditions s'appliquent dans tous les cas : vous ne devez pas avoir été résident en Uruguay au cours des deux exercices précédant votre arrivée, et vous ne devez pas avoir bénéficié de l'ancien régime de l'article 24, hormis les cas transitoires que la loi prévoit pour les personnes arrivées avant 2026.
Trois façons de remplir la condition
La nouveauté, c'est que le tax holiday est désormais soumis à une condition. L'article 24-BIS prévoit trois voies, dont l'une au moins doit être remplie.
Voie 1 : plus de 183 jours dans le pays
Si vous passez plus de 183 jours en Uruguay au cours d'un exercice et fondez ainsi votre résidence sur l'article 2, lettre A, du titre 7, vous pouvez bénéficier de l'option sans aucun investissement. La condition doit être remplie chaque année. Pour beaucoup de nouveaux arrivants qui veulent réellement vivre en Uruguay, c'est la voie la plus simple.
C'est un choix délibéré : le tax holiday sans apport de capital est réservé à ceux qui passent la plus grande partie de l'année dans le pays. Si vous fondez au contraire votre résidence sur le centre de vos intérêts économiques et y passez moins de temps, il vous faut l'une des deux autres voies.
Voie 2 : un bien immobilier de plus de 12,5 millions d'UI
La deuxième possibilité est un investissement immobilier en Uruguay d'une valeur supérieure à 12 500 000 Unidades Indexadas (UI). L'UI est une unité de compte indexée sur l'inflation. Aux cours de clôture de la banque centrale du 23 octobre 2026, soit 6,6745 pesos pour une UI et 40,078 pesos pour un dollar américain, cela représente environ 83,4 millions de pesos, soit un peu moins de 2,1 millions USD (environ 1,86 million d'euros).
Les modalités figurent à l'article 5-SEXIES du Decreto 148/007, inséré par le Decreto 188/026 et, sur ce point, réécrit par le Decreto 225/026 :
Voie 3 : un placement annuel en fonds à partir de 625 000 UI
La troisième voie consiste à capitaliser des fonds d'investissement qui financent des projets productifs, la recherche ou l'innovation appliquée, à hauteur d'au moins 625 000 UI par an. Cela représente environ 4,2 millions de pesos, soit quelque 104 000 USD par an. Le ministère de l'Économie fixe la liste des fonds éligibles. Contrairement à l'immobilier, cette condition doit être remplie de nouveau chaque année.
Si vous manquez une condition pendant un temps
L'article 5-SEXIES contient une règle importante pour beaucoup : si vous ne remplissez pas les conditions une année, vous ne perdez pas l'option définitivement. Vous pouvez y revenir les années où les conditions sont de nouveau réunies. Le délai continue toutefois de courir : ce sont toujours les dix exercices suivant l'année de l'option qui comptent, et les années perdues ne s'ajoutent pas à la fin.
Après les onze ans : demi-taux ou somme forfaitaire
L'article 24-BIS règle aussi ce qui suit la fin du tax holiday. Deux options de prolongation existent.
Option i : la moitié du taux pendant cinq ans. Vous payez l'IRPF sur vos revenus de capitaux étrangers à la moitié du taux, soit 6 % au lieu de 12 %, pendant cinq exercices supplémentaires. Ce choix ne se fait qu'une fois. Il suppose soit le placement annuel en fonds à partir de 625 000 UI, soit un investissement immobilier de plus de 6 250 000 UI (environ 1,04 million USD). Là aussi, selon l'article 5-SEPTIES, seuls comptent les achats réalisés à partir du 1er septembre 2025, et les biens urbains de l'intérieur comptent double. Si vous avez déjà fondé votre résidence sur un bien immobilier, vous ne pouvez retenir que la part qui dépasse le seuil applicable dans ce cadre. Selon l'article 44 sexies du Decreto 148/007, les banques uruguayennes retiennent chaque mois 6 % au titre de cette option.
Option ii : une somme annuelle fixe. Au lieu de déclarer chaque revenu, vous payez sur l'ensemble de vos revenus de capitaux étrangers un impôt fixe de 1 875 000 UI par an, soit, au cours du 23 octobre, environ 12,5 millions de pesos ou quelque 312 000 USD. Les années où vous passez plus de 183 jours dans le pays, le montant tombe à 1 250 000 UI (environ 208 000 USD). Le même montant réduit s'applique si vous investissez directement plus de 45 millions d'UI, soit environ 7,5 millions USD, dans une entreprise pour accroître sa capacité de production. Le conjoint peut s'y associer et paie alors 15 % du montant concerné. Cette option se choisit chaque année et peut être utilisée jusqu'à vingt exercices après le premier choix.
Un calcul simple montre à qui s'adresse la somme fixe : à un taux de 12 %, 1 875 000 UI correspondent à des revenus étrangers annuels d'environ 2,6 millions USD, et le montant réduit à un peu plus de 1,7 million. L'option ii vise donc les très grandes fortunes. Pour un portefeuille ordinaire, le demi-taux, ou tout simplement l'imposition normale, revient moins cher.
Ce qui s'applique si vous êtes arrivé avant 2026
Si vous vous êtes installé en Uruguay avant 2026, vous ne relevez pas de l'article 24-BIS mais de l'ancien régime de l'article 24. Les personnes arrivées à partir de 2020 pouvaient y choisir l'IRNR pour l'année d'arrivée et dix années supplémentaires, ou l'IRPF au taux de 7 %. La loi avait fixé au 31 décembre 2025 la date limite de ce choix.
La DGI a prolongé ce délai. Selon le point 7 de la résolution 2158/026 du 16 septembre 2026, l'option de l'article 24 peut encore être exercée jusqu'au 31 décembre 2026. Si vous êtes devenu résident avant 2026 et n'avez pas encore fait votre choix, il vous reste donc un peu plus de deux mois.
Pour ceux qui bénéficient déjà de l'ancien régime, l'article 24-BIS organise la transition :
Le déroulement de la procédure
La DGI a fixé la procédure dans la résolution 2158 et l'a précisée par la résolution 2294 du 8 octobre :
Ce que cela change pour votre projet
Le nouveau régime est plus strict que l'ancien, mais plus clair. Si vous voulez réellement vivre en Uruguay, vous obtenez toujours le tax holiday sans investissement, à condition de passer plus de la moitié de chaque année dans le pays et de le prouver. Si vous y passez moins de temps, le tax holiday se paie par un bien immobilier d'un peu plus de 2 millions USD, moitié moins dans l'intérieur du pays, ou par un placement annuel en fonds d'environ 104 000 USD.
Si vous comptez vous installer en 2027 : planifiez vos jours. Le seuil de 183 jours s'apprécie par année civile et, l'année de l'arrivée, il est difficile à atteindre selon la date à laquelle vous arrivez. Avoir besoin du tax holiday dès la première année dépend du montant de vos revenus étrangers cette année-là. Les conditions du séjour lui-même sont présentées dans notre guide pour s'installer en Uruguay.
Si vous êtes arrivé avant 2026 et n'avez pas encore choisi : la date limite prolongée du 31 décembre 2026 est votre dernière occasion d'opter pour l'ancien régime. Faites calculer par un contador en Uruguay laquelle des anciennes variantes vous convient.
Si vous comparez le tax holiday avec d'autres pays : notre comparatif des exonérations temporaires en Uruguay, au Chili et en Équateur présente les alternatives de la région, et les données essentielles sur le pays figurent sur notre page consacrée à l'Uruguay.
Il y a une chose que les nouveaux décrets ne règlent pas : ce que votre pays d'origine exige de vous lorsque vous partez. Celui-ci traite le changement de résidence selon ses propres règles, quelle que soit l'option que vous choisissez en Uruguay. Ce qui est en jeu, et le rôle d'une éventuelle convention fiscale avec l'Uruguay, dépend du pays que vous quittez :

