Si vous voulez lancer une activité au Paraguay, vous disposez d'une forme juridique conçue pour être simple : l'Empresa por Acciones Simplificadas, ou EAS. Pas de passage obligatoire chez le notaire, pas de capital minimum, une création entièrement en ligne via un portail public, et vous obtenez d'un seul coup la société, le numéro fiscal et l'immatriculation comme employeur. Pour les étrangers, il existe toutefois un obstacle à connaître avant de commencer. Ce guide s'appuie sur la loi elle-même et sur les informations publiées par le ministère de l'Industrie et du Commerce.
Ce qu'est l'EAS
L'EAS a été créée par la loi 6480, promulguée le 8 janvier 2020 et publiée le 13 janvier 2020. Selon l'article 1, elle peut être constituée par une ou plusieurs personnes physiques ou morales qui font des apports afin d'exercer de manière organisée une activité commerciale licite. Une EAS est toujours une société commerciale, quelle que soit son activité. Fiscalement, en revanche, elle est traitée selon la nature de ses activités, et non selon sa forme juridique.
Deux caractéristiques la rendent attrayante :
L'obstacle pour les étrangers : le représentant légal
La création passe exclusivement en ligne par le Sistema Unificado de Apertura y Cierre de Empresas (SUACE) du ministère de l'Industrie et du Commerce (MIC). L'accès se fait avec l'identité électronique du représentant légal, et selon les réponses du MIC sur l'EAS, cette identité électronique n'est disponible qu'avec une cédula paraguayenne.
Le MIC en tire explicitement les conséquences :
En pratique : tant que vous n'avez pas de cédula, il vous faut sur place une personne de confiance qui représente la société vis-à-vis des tiers. Ce n'est pas une formalité, mais une vraie position de pouvoir : selon l'article 27, le représentant légal peut, sauf disposition contraire des statuts, conclure toute opération relevant de l'objet social. Choisissez cette personne avec soin, limitez ses pouvoirs dans les statuts et dans la procuration, et documentez tout. Comment trouver un avocat ou un gestor fiable, je l'explique dans trouver un bon avocat ou un gestor en Amérique latine.
Étape 1 : prévoir le capital
L'EAS n'a pas de capital minimum, comme le précise le MIC, y compris expressément lorsque tous les associés sont étrangers. Le capital doit toutefois suffire à couvrir les frais courants de la société. Selon l'article 10 de la loi, le capital souscrit doit être libéré dans un délai de deux ans au plus.
Les apports peuvent se faire en numéraire ou en nature : biens immobiliers, véhicules, marchandises, machines, bétail. Selon le MIC, les justificatifs exigés sont les suivants :
La dénomination. Pour une EAS unipersonnelle, la mention Unipersonal doit figurer dans le nom, et la société ne peut pas simplement porter le nom de son associé unique. Selon le MIC, la dénomination sociale n'est protégée que vis-à-vis des autres EAS ; une SRL ou une SA du même nom peut tout de même exister. Si vous voulez protéger une marque ou un nom commercial, enregistrez-le séparément auprès de la DINAPI, l'office paraguayen de la propriété intellectuelle.
Le compte bancaire. L'article 35 oblige les banques à prévoir des mécanismes permettant à une EAS d'ouvrir un compte dans un délai fixé par voie réglementaire, et à examiner les demandes rapidement. L'examen lui-même reste l'affaire de la banque : attendez-vous à des questions sur l'origine des fonds et sur les bénéficiaires effectifs.
Étape 2 : choisir les statuts
Selon l'article 5, une EAS peut naître d'un contrat ou d'un acte unilatéral, par acte authentique ou sous seing privé avec signatures légalisées. L'acte notarié n'est obligatoire que si sont apportés des biens dont le transfert l'exige. Le MIC propose trois voies :
1. Les statuts types (estatuto proforma). Le système les génère automatiquement à partir des informations saisies dans le formulaire. Ils ne peuvent pas être modifiés, et sont signés électroniquement ou à la main puis téléversés sous forme numérisée.
2. Vos propres statuts sous seing privé, avec signatures légalisées par un notaire.
3. Un acte notarié (escritura pública).
Tous les statuts doivent contenir au minimum : le nom, la pièce d'identité et le domicile des associés, la dénomination sociale suivie de la mention « EAS », le siège, l'objet social, la durée, le capital avec les catégories d'actions et les modalités de libération, la répartition des bénéfices et des pertes, et l'organisation de l'administration et de l'assemblée des associés. Selon l'article 26, un organe d'administration n'est pas obligatoire. À défaut, le représentant légal en assume toutes les fonctions. Une EAS unipersonnelle doit en outre, selon les exigences du registre compétent, désigner un suppléant.
Étape 3 : déposer en ligne et connaître les délais
Les documents sont transmis via SUACE au service compétent du ministère des Finances, la Dirección General de Personas y Estructuras Jurídicas y de Beneficiarios Finales. Selon le MIC, l'inscription sans observation prend :
En cas d'observations, vous disposez de 3 jours ouvrés pour y remédier. Passé ce délai, le dossier est supprimé et vous recommencez depuis le début. Attention : toutes les notifications sont envoyées à l'adresse électronique de la société que vous indiquez dans le formulaire. Le MIC demande expressément de ne pas y inscrire l'adresse d'un tiers, comme un gestor ou un comptable.
Étape 4 : ce que vous obtenez à la fin
Le portail relie les administrations concernées. Selon le MIC, vous recevez à la création :
Pour le RUC, le représentant légal doit se présenter en personne à l'administration fiscale et signer des formulaires. L'inscription auprès du MTESS est obligatoire, dans les 60 jours suivant le début de l'activité.
Étape 5 : les obligations courantes
Selon l'article 31, chaque EAS tient un registre des procès-verbaux de l'assemblée des associés, un registre des actions, un registre des procès-verbaux de l'organe d'administration (s'il existe), un livre-journal et un livre d'inventaire. Selon le MIC, tous les livres doivent être rubricados, c'est-à-dire visés officiellement. Les actions sont nominatives. Le représentant légal soumet les comptes annuels à l'approbation des associés ; dans une EAS unipersonnelle, l'associé unique les approuve et le consigne dans le registre des procès-verbaux.
Fiscalité : l'EAS paie l'impôt sur le revenu des entreprises, l'IRE. Selon le MIC, qui renvoie à l'article 21 de la loi 6380, le taux est de 10 %. Au lieu du régime général, l'EAS peut opter pour l'IRE SIMPLE, régime simplifié, si ses recettes de l'année précédente n'ont pas dépassé 2 000 000 000 guaranís et si elle n'importe ni n'exporte. S'y ajoutent la taxe sur la valeur ajoutée, l'IVA, et les impôts propres à l'activité exercée. Les distributions de bénéfices suivent les mêmes règles que pour toute autre société.
Ce que l'EAS ne peut pas faire : le crédit et les autres activités financières réglementées par la banque centrale, l'enseignement supérieur et les activités à but non lucratif. Le MIC réserve certaines professions libérales, comme l'exercice d'avocat ou de comptable, aux personnes physiques. Et ses actions ne peuvent pas être cotées en bourse.
L'EAS et votre résidence
La loi 6480 régit la société, pas votre séjour. Créer une EAS ne vous donne pas, à lui seul, de résidence. Le MIC mentionne un lien dans ses réponses : l'exigence d'au moins 70 000 USD de capital et de cinq emplois au cours des deux premières années ne s'applique pas à l'EAS en tant que telle, mais à la constancia del inversionista, qui, selon le MIC, ouvre des voies plus rapides vers la résidence et la cédula. Les voies d'investisseur disponibles aujourd'hui, y compris l'Investor Pass prévu par la Resolución 0283/2026, sont présentées dans l'article sur le Paraguay Investor Pass. La voie ordinaire vers la résidence est décrite dans la résidence au Paraguay étape par étape.
La question fiscale dans votre pays d'origine
Une société au Paraguay n'est pas automatiquement imposable au seul Paraguay. Si vous dirigez l'EAS depuis votre bureau dans votre pays d'origine, la question est de savoir si ce pays la considère comme dirigée chez lui, et donc comme imposable chez lui. La réponse de votre pays, et l'éventuel secours d'une convention avec le Paraguay, sont à clarifier avant que la société ne réalise du chiffre d'affaires :
Quand une société à l'étranger a vraiment du sens, c'est ce qu'examine l'article créer une société en Amérique latine.
L'EAS est un excellent outil pour quiconque construit réellement quelque chose au Paraguay : un commerce local, un prestataire de services avec de vrais clients, une entreprise avec des salariés. Si, en revanche, vous cherchez seulement une coquille pour des revenus de l'étranger, l'EAS vous apporte surtout des obligations : des livres, des déclarations fiscales, un représentant légal titulaire d'une cédula et une direction qui devrait se trouver là où se trouve la société. Pour un panorama du pays, de la résidence au coût de la vie, consultez la page pays Paraguay.
Carpe Diem. La vie est courte et éphémère. Une seule chance. Faites-en quelque chose.

