Si vous voulez vous installer en République dominicaine, il faut d’abord comprendre une chose : le parcours ne commence pas sur l’île, mais dans un consulat dominicain à l’étranger. Entrer comme touriste puis demander la résidence sur place ne fonctionne plus. Le ministère des Affaires étrangères, le MIREX, précise sur sa page consacrée aux visas que le visa de résidence est la première condition de la procédure de résidence, en vertu de l’article 48, lettre a, du décret 631-11, le règlement d’application de la loi migratoire Ley 285-04. Vient ensuite un ordre immuable : choisir sa voie, réunir ses documents, demander le visa de résidence, entrer dans le pays, déposer son dossier auprès de l’autorité migratoire dans les 30 jours, retirer sa carte, la renouveler. Les conditions et les délais qui suivent proviennent de l’autorité migratoire DGM (Dirección General de Migración), du MIREX, de la loi migratoire et de son règlement, ainsi que de l’administration fiscale DGII, à jour début novembre 2026.
Les conditions en un coup d’œil
Avant de déposer la moindre demande, vérifiez quatre points. S’il en manque un, même la meilleure préparation du reste ne vous servira à rien.
Si vous remplissez ces quatre points, vous réunissez les véritables conditions pour vous installer en République dominicaine. Le reste est une question d’ordre.
Étape 1 : choisir sa voie
La voie qui vous convient dépend presque toujours de vos revenus. Si vous touchez une pension d’au moins 1 500 USD, la voie pensionado est la plus directe. Si vous vivez de loyers, de dividendes ou d’intérêts, la voie rentista entre en ligne de compte, avec un obstacle : selon l’article 6 de la Ley 171-07, vous devez prouver que ces revenus seront versés pendant au moins cinq ans, et que l’argent arrive réellement dans le pays. Si vous voulez investir, vous passez par la voie investisseur, avec un certificat de l’agence de l’investissement CEI-RD.
Si aucun de ces motifs ne s’applique à vous, vous butez sur le véritable goulet d’étranglement : même pour la résidence temporaire ordinaire, la DGM exige d’abord le visa RS, et le consulat ne le délivre que pour les motifs cités. Tous les montants, justificatifs et frais de chaque voie figurent dans notre guide de la résidence comme pensionado, rentista ou investisseur. Les étapes qui suivent valent pour toutes les voies.
Étape 2 : les documents de votre pays
C’est ici que votre calendrier tient ou s’effondre. En principe, les documents étrangers destinés à la République dominicaine doivent être soit légalisés, soit revêtus d’une apostille. D’après le tableau d’état de la HCCH, la République dominicaine a adhéré en 2009 à la Convention Apostille de La Haye. Pour la plupart des pays, une apostille de l’autorité compétente du pays qui a délivré le document suffit donc.
Une exception mérite d’être vérifiée. Un État peut s’opposer à l’adhésion d’un nouveau membre, et l’apostille ne s’applique alors pas entre les deux. Les notifications de la Conférence de La Haye recensent quatre objections à l’adhésion dominicaine en 2009. L’Autriche, la Belgique et les Pays-Bas les ont retirées depuis ; l’objection de l’Allemagne du 11 juin 2009 est toujours en vigueur. Les documents d’un tel pays passent par la légalisation classique : d’abord une pré-certification par l’État qui les a délivrés, puis la légalisation par une ambassade ou un consulat dominicain. C’est plus long : vérifiez la situation de votre pays avant de commander quoi que ce soit.
Trois documents sont indispensables dans tous les cas :
1. L’acte de naissance. Pour la résidence temporaire, la DGM exige expressément la version intégrale (Acta de Nacimiento Inextensa). Si le nom de votre passeport diffère de celui de votre acte de naissance, par exemple après un mariage, il vous faut aussi l’acte qui atteste ce changement.
2. L’extrait de casier judiciaire. Selon le MIREX, il ne doit pas dater de plus d’un an pour le visa et, dans les États fédéraux, il doit émaner de l’autorité fédérale. Si vous avez vécu dans plusieurs pays au cours des cinq dernières années, il vous en faut plusieurs. Les mineurs n’en ont pas besoin pour le visa.
3. L’acte de mariage, si votre conjoint vous accompagne comme personne à charge, ou, pour les couples non mariés, une déclaration notariée attestant une vie commune d’au moins deux ans.
Tout ce qui n’est pas rédigé en espagnol doit être traduit par un interprète judiciaire, et la traduction doit elle aussi porter la certification requise. Comptez plusieurs mois pour cette étape ; les extraits de casier judiciaire soumis à une pré-certification sont souvent les plus longs à obtenir. La façon d’organiser apostilles et certifications, et les différences entre les pays de la région, sont expliquées dans notre guide de l’apostille pour l’Amérique latine.
Étape 3 : le visa de résidence au consulat
Une fois vos documents prêts, vous vous adressez à l’ambassade dominicaine ou au consulat général compétent pour votre lieu de résidence. Pour le visa de pensionado, le MIREX demande pour l’essentiel :
Comme rentista, vous remplacez l’attestation de pension par les justificatifs de l’origine de vos revenus : attestations bancaires, baux, relevés de courtiers ou preuves de participations. Comme investisseur, il vous faut le certificat du CEI-RD.
Les droits s’élèvent, selon le barème du MIREX, à 200 USD pour le visa RS de pensionado ou de rentista et à 250 USD pour un investisseur. Le ministère indique un délai de traitement de 10 à 20 jours ouvrables.
Prenez au sérieux deux avertissements du ministère. D’abord, un dossier complet ne vaut pas accord : la décision revient au ministère à Saint-Domingue, pas au consulat. Ensuite, le ministère déconseille expressément de réserver des vols non remboursables avant la délivrance du visa.
Étape 4 : l’entrée et le délai de 30 jours
Selon le MIREX, le visa RS est valable 60 jours et pour une seule entrée. Vous devez partir dans ce délai, avec votre passeport. Chaque voyageur remplit, à chaque entrée et à chaque sortie, le formulaire électronique E-Ticket sur le portail officiel E-Ticket ; les compagnies aériennes en demandent souvent le code QR dès l’enregistrement. Vous pouvez apporter espèces et devises sans limite, mais à partir de 10 000 USD vous devez les déclarer sur le formulaire de douane.
Dès le jour de votre entrée court le délai le plus important de toute la procédure : vous avez 30 jours pour vous présenter à la DGM et déposer vos originaux. Passé ce délai, l’autorité perçoit une pénalité. Pour la résidence temporaire, la DGM prévoit une prolongation du délai de dépôt (Prórroga para depósito de expediente) pour 7 000 pesos. Respecter le délai coûte moins cher.
Vous commencez la demande en ligne sur le portail de services de la DGM : inscription, choix du service et du bureau, questionnaire, téléversement des documents. L’autorité exige des scans au format JPG. Ce n’est qu’ensuite que vous vous présentez en personne avec vos originaux.
Étape 5 : le dossier à la DGM, l’examen médical et la carte
À la DGM, vous remettez, en plus des documents de l’étape 2, des pièces que vous ne pouvez obtenir que dans le pays. Pour la voie pensionado, la fiche de service de la DGM mentionne :
Pour l’examen, une petite règle peut coûter cher : il doit avoir lieu dans les trois jours suivant le paiement, jour du paiement compris. Sinon, vous payez une seconde fois. Le résultat est disponible au bout d’une dizaine de jours. Les personnes à charge déposent leurs propres pièces : actes de naissance et de mariage, copie du passeport, visa et extrait de casier judiciaire. Les enfants de moins de 16 ans sont dispensés de l’extrait de casier judiciaire.
Une fois le dossier complet, vous recevez un récépissé qui vous permettra de retirer la carte. Pour les pensionados et rentistas, l’article 7 de la Ley 171-07 fixe un délai maximal de 45 jours ouvrables à compter de la réception de la demande. La première carte est valable un an. Les frais de chaque voie figurent dans notre panorama de la résidence.
Étape 6 : après la carte, pièce d’identité, permis de conduire, déménagement
Avec la carte de résident commence la partie pratique. Les frais de la DGM incluent l’attestation pour la cédula, la carte d’identité dominicaine des résidents. La cédula vous sera demandée pour presque tout ce qui touche aux administrations, aux banques et aux contrats.
Le permis de conduire est une obligation que beaucoup oublient. Les étrangers titulaires d’une résidence doivent demander un permis dominicain auprès de l’autorité des transports INTRANT. Il vous faudra en général votre permis étranger en cours de validité et une attestation de l’ambassade de votre pays confirmant sa validité, certifiée par le MIREX, plus les frais de l’INTRANT. Demandez à votre ambassade à Saint-Domingue ce que coûte son attestation.
Vos biens de déménagement peuvent être importés en franchise de droits si vous êtes pensionado ou rentista. L’article 11 de la Ley 171-07 renvoie pour cela à la Ley 14-93 sur le mobilier et les effets personnels des étrangers qui s’établissent dans le pays. La demande se fait auprès des douanes, dès la lettre d’approbation de la DGM, avant même l’arrivée de la carte. Deux restrictions : selon la loi, l’avantage ne vaut que pour le demandeur principal, pas pour le conjoint ni les personnes à charge, et les biens importés en franchise ne peuvent pas être vendus sans acquitter les droits.
Travailler est permis aux pensionados et rentistas selon l’article 15. Le salaire est alors imposable comme celui de tout salarié du pays.
Étape 7 : renouveler et rester en règle
Au bout d’un an vient le premier renouvellement. L’article 8 de la Ley 171-07 exige le formulaire, une copie de la cédula, un extrait de casier judiciaire dominicain, la carte expirée et surtout la preuve que votre pension ou vos revenus sont arrivés dans le pays, pour toute la durée de la carte précédente. Si votre pension reste sur un compte à l’étranger, le renouvellement posera problème. Faites donc virer l’argent régulièrement sur votre compte dominicain dès le début.
Gardez toujours votre carte en cours de validité. Les autorités contrôlent davantage le statut de séjour depuis quelque temps, y compris lors des contrôles routiers. Sans titre valable, vous risquez des sanctions pouvant aller jusqu’à la détention, et un séjour irrégulier peut entraîner une interdiction de retour. La suite, vers la naturalisation après quelques années de résidence, et la place de la République dominicaine dans la région, sont présentées dans notre comparatif des naturalisations en Amérique latine.
Fiscalité : à partir de quand vous êtes résident
La carte de résident et l’assujettissement à l’impôt sont deux choses distinctes. Selon la DGII, vous devenez résident fiscal si vous séjournez plus de 182 jours par an dans le pays, de façon continue ou non. Dans son Aviso 22-25, l’administration fiscale précise en outre que le pays n’applique pas un système purement territorial : sont imposés les revenus de source dominicaine et les revenus étrangers de placements et de gains financiers. Les nouveaux arrivants bénéficient d’un délai de grâce : les revenus de placement étrangers ne deviennent imposables qu’à partir de la troisième année de résidence. Ce que cela implique pour votre organisation est détaillé dans la fiche pays République dominicaine.
Côté pays d’origine : départ, pension, couverture santé
En parallèle de la procédure dominicaine, vous organisez votre départ. S’installer en République dominicaine ne met pas fin, à lui seul, à votre résidence fiscale dans votre pays. Ce que votre pays continue d’imposer, les formalités de départ et l’éventuelle convention fiscale dépendent de votre pays d’origine :
Pension. Si vous percevez une pension de l’étranger, communiquez à temps votre nouvelle adresse et vos coordonnées bancaires à l’organisme payeur, et attendez-vous à renvoyer régulièrement un certificat de vie. Les autorités habilitées à le signer en République dominicaine varient d’un organisme à l’autre : demandez au vôtre lesquelles il accepte avant de partir.
Assurance santé. La police de garantie de la DGM n’est pas une assurance maladie. Votre couverture santé, c’est à vous de l’organiser, idéalement avant le départ. Ce qui fonctionne dans la région est expliqué dans le guide de l’assurance santé en Amérique latine.
L’ordre des démarches en liste
1. Choisir sa voie : pensionado, rentista ou investisseur. Comparer ses revenus aux montants minimaux.
2. Commander ses documents : acte de naissance intégral, acte de mariage, extraits de casier judiciaire de tous les pays de résidence des cinq dernières années.
3. Vérifier auprès de la HCCH si votre pays a une objection en vigueur ; puis apostiller, ou pré-certifier et légaliser. Tout faire traduire par un interprète judiciaire.
4. Réunir l’attestation de pension ou les justificatifs de revenus et les relevés bancaires des trois derniers mois.
5. Demander le visa RS à l’ambassade dominicaine ou à un consulat général, 200 USD de droits. Ne réserver les vols qu’après sa délivrance.
6. Entrer dans les 60 jours et remplir l’E-Ticket.
7. Dans les 30 jours, faire la demande en ligne auprès de la DGM, déposer les originaux, souscrire la police de garantie, ouvrir un compte, passer l’examen médical dans les trois jours suivant le paiement.
8. Retirer la carte, obtenir la cédula et le permis de conduire, déclarer ses biens de déménagement aux douanes.
9. Virer régulièrement sa pension ou ses revenus dans le pays et renouveler au bout d’un an.
10. Régler les formalités dans son pays, mettre à jour ses données de pension, renvoyer le certificat de vie à temps.
Carpe Diem. La vie est courte et éphémère. Une seule chance. Faites-en quelque chose.


