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Fiscalité10 min de lecture25 octobre 2026

Votre retraite en Amérique latine : comment la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et le Canada la versent et l'imposent

Retraite française, belge, suisse, luxembourgeoise ou canadienne versée en Amérique latine : versement, retenue à la source, conventions et santé.

Harley Bieder
Par Harley Bieder, Spécialiste de l'Amérique latine, VidaLibrePlan

Vous avez cotisé trente ou quarante ans, et vous voulez maintenant toucher votre retraite sous le ciel de Montevideo, de Medellín ou de Panama. Deux questions décident de ce qu'il vous en restera : votre caisse vous paiera-t-elle à l'étranger, et qui aura le droit d'imposer cette pension ? Les réponses varient bien plus qu'on ne le croit entre la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et le Canada.

Beaucoup pensent qu'une retraite suit son bénéficiaire sans changement et n'est plus imposée au pays après le départ. C'est rarement aussi simple. Une pension belge reste imposable en Belgique. Une rente du 2e pilier suisse versée au Paraguay subit toujours l'impôt à la source. Une pension canadienne peut perdre 25 % en retenue. Voici, pays par pays et d'après les caisses et administrations elles-mêmes, ce qu'il en est.

Deux questions, pas une

Le versement relève de la sécurité sociale : la caisse paie-t-elle à l'étranger, et à quelles conditions ? L'imposition relève du droit fiscal : votre pays impose-t-il la pension d'un non-résident, et une convention change-t-elle la donne ? Il vous faut les deux réponses pour planifier vos revenus.

Le versement à l'étranger

  • France : la retraite de base est versée chaque mois dans plus de 180 pays, sur un compte français ou étranger. Chaque caisse, Agirc-Arrco comprise, ne continue de payer que si vous renvoyez chaque année un certificat de vie (un seul certificat vaut pour toutes les caisses). L'Aspa et l'ASI cessent en cas de départ à l'étranger.
  • Belgique : les pensions légales de retraite et de survie sont payées partout dans le monde aux Belges, et les pensions de fonctionnaire quelle que soit la nationalité. Si le Service fédéral des Pensions vous envoie un certificat de vie et que vous ne le renvoyez pas dans les 30 jours, les paiements sont suspendus.
  • Suisse : la rente AVS continue d'être versée à l'étranger aux Suisses et aux ressortissants de l'UE, de l'AELE ou d'un pays lié par une convention, en général dans la monnaie du pays de paiement. Les ressortissants d'un pays sans convention perdent la rente en partant. Les prestations complémentaires et l'allocation pour impotent cessent. Les Suisses qui s'établissent hors de l'UE et de l'AELE après au moins cinq années consécutives d'assurance peuvent adhérer à l'AVS/AI facultative dans l'année qui suit leur sortie (cotisation minimale de 1 010 francs par an, 1 030 francs dès 2027).
  • Luxembourg : le Code de la sécurité sociale ne pose aucune condition de résidence pour la pension de vieillesse (65 ans et au moins 120 mois d'assurance). La CNAP verse la pension sur le compte de votre choix, y compris à l'étranger ; un départ doit lui être signalé avec un certificat de résidence. Aucun texte ne dit toutefois expressément que la pension est versée dans un pays sans convention de sécurité sociale : c'est une déduction tirée de l'absence de condition de résidence.
  • Canada : le RPC est versé à l'étranger dès qu'au moins une cotisation valide a été faite. La Sécurité de la vieillesse (SV) ne l'est qu'après 20 ans de résidence au Canada après 18 ans (ou 20 ans cumulés avec un pays lié par un accord) ; sinon elle peut cesser après six mois à l'étranger, et le Supplément de revenu garanti cesse après six mois.
  • Québec : une rente du Régime de rentes du Québec (RRQ) déjà versée continue de l'être où que vous viviez, par dépôt direct dans plusieurs pays, et elle est indexée chaque janvier.
  • Le constat : presque tout le monde verse quelque chose à l'étranger, mais certaines prestations s'arrêtent le jour du départ. Si vous préparez votre retraite en Amérique latine, demandez à votre caisse une estimation écrite du montant payable à l'étranger.

    Qui impose la pension publique

  • France : dès que votre résidence fiscale n'est plus en France, la CSG, la CRDS et la Casa ne sont plus prélevées. En revanche, une cotisation d'assurance maladie (en règle générale 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur la complémentaire) est retenue si vous restez à la charge d'un régime français. Les pensions versées à des non-résidents subissent la retenue à la source de l'article 182 A du CGI : en 2026, 0 % jusqu'à 17 275 € par an, 12 % jusqu'à 50 112 €, 20 % au-delà, après abattement de 10 %, sauf si une convention attribue le droit d'imposer à votre nouveau pays. Les conventions avec les destinations ne contiennent pas de clause propre aux pensions de sécurité sociale, et la manière dont la France les applique à la retraite de base et à l'Agirc-Arrco n'a pas été vérifiée.
  • Belgique : une pension belge versée à un non-résident reste imposable en Belgique à l'impôt des non-résidents, avec retenue du précompte professionnel. Hors de l'EEE, du Royaume-Uni et de la Suisse, le Service fédéral des Pensions continue aussi de retenir la cotisation AMI de 3,55 % et la cotisation de solidarité.
  • Suisse : les prestations AVS ne sont pas soumises à l'impôt à la source suisse et, selon l'Administration fédérale des contributions (AFC), elles sont en règle générale imposables dans l'État de résidence.
  • Luxembourg : une pension acquise par une activité exercée au Luxembourg ou payée par une caisse publique luxembourgeoise est un revenu de source luxembourgeoise. Elle subit une retenue qui vaut imposition définitive, sauf si vous remplissez les conditions de l'article 157ter L.I.R. et demandez une imposition par voie d'assiette. Le barème appliqué aux pensionnés non résidents n'a pas été vérifié.
  • Canada : le RPC et la SV subissent l'impôt des non-résidents de 25 %, sauf réduction par convention. Service Canada indique 15 % pour l'Argentine, la Colombie, l'Équateur (les premiers 12 000 CAD de pensions canadiennes étant exonérés avec le formulaire NR5), le Mexique et le Pérou ; 25 % ou 0 % pour le Brésil (0 % seulement pour les ressortissants brésiliens qui y résident) ; 25 % pour le Chili, l'Uruguay, le Paraguay, le Costa Rica, le Panama et le Salvador.
  • Québec : vous ne pouvez pas demander de retenue d'impôt québécois sur la rente du RRQ ; c'est l'ARC qui fixe le taux. Pour une année où vous ne résidez à aucun moment au Canada, l'impôt du Québec ne vise que l'emploi au Québec, une entreprise exploitée au Québec ou la vente d'un bien québécois imposable.
  • Retraites complémentaires, privées et capital

    En France, les pensions et rentes viagères de source française versées à un non-résident subissent la même retenue de l'article 182 A, et les non-résidents sont imposés sur leurs revenus de source française à un taux minimum de 20 % jusqu'à 29 579 € et de 30 % au-delà, sauf si le taux moyen sur leurs revenus mondiaux est plus faible. Le traitement des versements en capital n'a pas été vérifié.

    En Belgique, les pensions complémentaires et privées sont des revenus de source belge lorsqu'elles sont payées par un débiteur belge, ou lorsque les cotisations ont donné lieu à un avantage fiscal belge ou que l'activité a été exercée en Belgique. Le débiteur belge retient le précompte professionnel même s'il paie à l'étranger.

    En Suisse, les prestations du 2e pilier et du pilier 3a versées à des non-résidents sont soumises à l'impôt à la source : la part fédérale est de 1 % des rentes brutes et va jusqu'à 2,60 % sur les prestations en capital, à quoi s'ajoute une part cantonale que je n'ai pas vérifiée. Le capital est toujours imposé à la source. Sans convention, l'impôt est définitif ; avec une convention qui attribue le droit d'imposer à l'État de résidence, il est remboursé sur attestation du fisc étranger, dans les trois ans. Selon l'aperçu de l'AFC au 1er janvier 2026, pour le 2e pilier privé, la rétrocession sur le capital est possible pour l'Argentine, la Colombie, l'Équateur et le Mexique, pour le Pérou et l'Uruguay seulement en cas d'imposition sur place, mais pas pour le Brésil ni le Chili ; les rentes sont versées sans retenue en Argentine, en Colombie, en Équateur et au Mexique. Au Paraguay, au Costa Rica, au Panama et au Salvador, faute de convention, les rentes subissent toujours la retenue et l'impôt sur le capital n'est jamais rétrocédé. Bon à savoir : en cas de départ définitif hors de l'UE et de l'AELE, vous pouvez retirer toute votre prestation de libre passage en espèces, avec le consentement écrit de votre conjoint ou partenaire enregistré.

    Au Luxembourg, les pensions d'une ancienne occupation, les pensions périodiques d'une caisse luxembourgeoise et les revenus d'une épargne-pension déduite au Luxembourg subissent la même retenue libératoire. Les prestations d'un régime complémentaire relevant de la loi du 8 juin 1999 sont exemptées, sauf celles d'un régime interne dont les dotations n'ont pas été imposées comme salaire.

    Au Canada, les pensions, les paiements de REER et de FERR et les allocations de retraite versés à un non-résident subissent la retenue de 25 % de la partie XIII, généralement l'impôt canadien définitif, sauf réduction par convention demandée sur le formulaire NR5 (tous les cinq ans, après autorisation écrite de l'ARC). L'article 217 permet aussi de produire une déclaration et d'être imposé aux taux des résidents. Les taux conventionnels sur les pensions privées, par destination, n'ont pas été vérifiés.

    Convention ou pas

    Une convention peut déplacer le droit d'imposer vers votre nouveau pays, plafonner l'impôt de votre pays d'origine ou laisser un droit aux deux.

  • France : les conventions avec le Mexique, la Colombie, l'Équateur, le Brésil et le Panama réservent les pensions au titre d'un emploi antérieur au pays de résidence (Panama : la France peut les imposer si le Panama ne le fait pas). Celle avec l'Argentine les réserve à l'État de la source, celle avec le Chili permet à la France d'imposer. Avec le Paraguay, l'Uruguay, le Costa Rica, le Pérou et le Salvador, il n'y a pas de convention fiscale.
  • Belgique : les conventions avec l'Argentine, le Brésil, l'Équateur et le Mexique laissent imposables en Belgique les pensions payées en exécution de la législation sociale, celle avec le Chili permet à la Belgique d'imposer, et celle avec l'Uruguay plafonne l'impôt belge à 10 % du montant brut (pour un capital, seulement après cinq ans ininterrompus de résidence en Uruguay comme pensionné). Avec les six autres destinations, le droit belge s'applique pleinement.
  • Luxembourg : les conventions avec le Panama et l'Uruguay laissent les pensions de sécurité sociale imposables uniquement au Luxembourg ; la convention avec le Brésil fait de même sauf pour un bénéficiaire qui réside au Brésil et en a la nationalité, et elle attribue au pays de résidence les premiers 3 000 USD par an de pensions au titre d'un emploi antérieur. La convention avec le Mexique réserve les pensions au titre d'un emploi antérieur au pays de résidence. L'Argentine et la Colombie ont signé des conventions qui ne sont pas encore en vigueur.
  • La leçon honnête : « pas de convention » signifie presque toujours que la règle de votre pays d'origine s'applique en entier, et cette règle est souvent une retenue à la source. La carte complète est dans mon guide des conventions fiscales avec l'Amérique latine.

    Le côté du pays d'accueil

    Ce que votre pays d'origine garde, votre nouveau pays peut aussi le revendiquer. Le Paraguay, le Panama, le Costa Rica et le Salvador imposent les personnes physiques selon le principe de territorialité, sur leurs seuls revenus de source locale. Le Mexique, la Colombie, le Brésil, l'Argentine et le Pérou imposent leurs résidents sur leurs revenus mondiaux. L'Uruguay, le Chili et l'Équateur se situent entre les deux, et le Chili n'impose les nouveaux arrivants que sur leurs revenus de source chilienne pendant leurs trois premières années. Le traitement local de votre pension précise se confirme avec nos partenaires locaux, des avocats agréés dans chaque pays. Pour une voie concrète, voyez le visa Pensionado au Panama ou la retraite au Paraguay.

    La santé : ce qui disparaît

    La couverture maladie publique s'arrête presque toujours avec le départ. En France, la PUMa prend fin ; les Français peuvent adhérer à la Caisse des Français de l'Étranger, et ceux dont la pension rémunère au moins 15 ans d'assurance gardent la prise en charge lors de séjours temporaires en France. L'assurance soins de santé belge ne vous suit pas en Amérique latine, la LAMal suisse prend fin, et au Luxembourg les pensionnés ne sont assurés que s'ils résident au pays. Au Québec, la RAMQ cesse de vous couvrir le jour du départ, et la plupart des régimes provinciaux couvrent peu ou pas les soins hors du Canada. Une exception notable : le Chili. Sa convention avec la France ouvre aux retraités français l'assurance maladie chilienne, moyennant les cotisations chiliennes ; celle avec la Belgique permet l'affiliation aux mêmes conditions que les retraités chiliens ; celle avec la Suisse comporte un volet limité à l'assurance maladie des pensionnés. Prévoyez une assurance privée dès le premier jour ; mon guide de l'assurance santé en Amérique latine explique comment.

    En pratique : la retraite n'est qu'une pièce

    Avant de partir, obtenez trois réponses écrites : le montant payable à l'étranger, la fiscalité pour un non-résident dans le pays choisi, convention comprise, et un plan santé qui ne dépend plus de votre ancien régime. Et rien de tout cela ne fonctionne si vous restez résident fiscal chez vous ; c'est la première question, que je traite dans pourquoi partir ne met pas fin à la résidence fiscale.

    Si vous voulez savoir ce que votre retraite vaudra vraiment en Amérique latine, et quel pays en tire le meilleur parti, faisons le calcul ensemble. Réservez un échange avec moi, le lien se trouve juste en dessous.

    👉 Réserver une consultation avec Harley

    Carpe Diem. La vie est courte et éphémère. Une seule chance. Faites-en quelque chose.