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Fiscalité9 min de lecture25 octobre 2026

Conventions fiscales avec l'Amérique latine en 2026 : ce que la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et le Canada ont signé

Conventions fiscales et accords de sécurité sociale de la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et le Canada avec 12 pays d'Amérique latine.

Harley Bieder
Par Harley Bieder, Spécialiste de l'Amérique latine, VidaLibrePlan

Peu de mots inquiètent autant ceux qui partent que « double imposition ». La crainte se comprend, mais elle vise souvent la mauvaise cible. Beaucoup croient que sans convention fiscale ils seront automatiquement imposés deux fois, et qu'avec une convention ils sont automatiquement protégés. Les deux idées sont trop simples. Cet article montre quelles conventions fiscales et quels accords de sécurité sociale la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg et le Canada ont réellement en vigueur avec les douze pays d'Amérique latine que nous couvrons, ce qu'une convention fait, et ce qu'elle ne fait pas.

La version courte : le Mexique et le Brésil ont une convention fiscale avec les cinq pays, le Paraguay, le Costa Rica et le Salvador avec aucun. Que cela compte pour vous dépend bien moins de la convention que de deux autres questions, sur lesquelles je reviens à la fin.

Ce qu'une convention fiscale fait vraiment

Une convention fiscale est un accord entre deux États qui décide lequel des deux peut imposer quel revenu, afin que le même revenu ne soit pas pleinement imposé deux fois. Parfois seul le pays de résidence peut imposer, parfois seul le pays de la source, parfois les deux, le pays de résidence accordant alors un crédit ou une exonération.

Son deuxième rôle est de régler la double résidence. Si les deux pays vous considèrent comme résident selon leur propre droit, la règle de départage de la convention tranche. En France, la convention l'emporte sur la définition interne du domicile fiscal. Au Canada, une règle de départage qui attribue votre résidence à l'autre pays fait de vous un non-résident réputé, avec les conséquences d'un départ, impôt de départ compris.

Son troisième rôle est de plafonner la retenue à la source sur certains revenus versés d'un pays à l'autre, comme les pensions. C'est là qu'on sent une convention au porte-monnaie : la convention entre la Belgique et l'Uruguay, par exemple, plafonne l'impôt belge sur une pension de source belge à 10 % du montant brut.

Ce qu'une convention ne fait pas

Une convention ne met pas fin, à elle seule, à votre résidence dans votre pays d'origine. Elle ne s'applique que lorsque deux États ont chacun une prétention, et elle suppose une vraie résidence dans l'autre pays. Elle ne peut pas non plus aider là où elle n'existe pas, ce qui est le cas normal pour plusieurs destinations prisées.

Une convention ne retire pas toujours le droit d'imposer au pays d'origine. Les conventions de la France et de la Belgique avec le Chili permettent à l'État de la source d'imposer les pensions qui en proviennent. Et une convention ne garantit pas un taux réduit : Service Canada applique 25 % aux pensions publiques versées au Chili, comme à un pays sans convention, alors qu'il existe une convention fiscale entre le Canada et le Chili, dont l'article sur les pensions n'a pas été vérifié.

Enfin, un accord d'échange de renseignements fiscaux n'est pas une convention fiscale. Le Canada en a conclu avec l'Uruguay, le Costa Rica et le Panama. Ces accords permettent aux administrations d'échanger des informations ; ils ne répartissent pas le droit d'imposer et ne réduisent aucune retenue.

La carte : qui a une convention avec qui

Voici la situation des conventions fiscales générales en vigueur et des accords de sécurité sociale en vigueur, telle que la publient les administrations des cinq pays :

DestinationConvention fiscale en vigueur avecAccord de sécurité sociale en vigueur avec
MexiqueFrance, Belgique, Suisse, Luxembourg, CanadaCanada
BrésilFrance, Belgique, Suisse, Luxembourg, CanadaFrance, Belgique, Suisse, Luxembourg, Canada, Québec
ArgentineFrance, Belgique, Suisse, CanadaFrance, Belgique, Luxembourg
ChiliFrance, Belgique, Suisse, CanadaFrance, Belgique, Suisse, Luxembourg, Canada, Québec
ÉquateurFrance, Belgique, Suisse, CanadaAucun
ColombieFrance, Suisse, CanadaAucun
UruguayBelgique, Suisse, LuxembourgFrance, Belgique, Suisse, Luxembourg, Canada, Québec
PérouSuisse, CanadaCanada
PanamaFrance, LuxembourgAucun
ParaguayAucuneAucun
Costa RicaAucuneAucun
SalvadorAucuneAucun

Quelques détails comptent :

  • Suisse : c'est le réseau le plus dense, avec huit conventions. Celles avec l'Uruguay, la Colombie, l'Argentine, le Chili, l'Équateur et le Pérou portent sur le revenu et la fortune, celles avec le Mexique et le Brésil sur le revenu seulement. La liste officielle cite le Costa Rica parmi les États avec lesquels des négociations sont en cours ou ont eu lieu.
  • France et Canada : sept conventions chacun. La France n'en a pas avec l'Uruguay ni le Pérou ; le Canada n'en a pas avec l'Uruguay ni le Panama, et le Brésil figure aussi sur sa liste des conventions en négociation ou en renégociation. Une réserve pour la France : le site impots.gouv.fr étant en maintenance le 25 octobre 2026, la liste repose sur une copie archivée du 26 septembre 2026.
  • Belgique : six conventions. La Belgique n'en a ni avec le Panama, ni avec la Colombie, ni avec le Pérou.
  • Luxembourg : quatre conventions seulement en vigueur (Uruguay, Panama, Mexique, Brésil). Celles avec la Colombie et l'Argentine sont signées et approuvées par la loi luxembourgeoise, mais leur entrée en vigueur n'a pas été publiée ; une convention avec le Chili est en négociation.
  • Pour les accords de sécurité sociale, la Suisse a signé un accord avec l'Argentine qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027 selon Fedlex, et négocie avec la Colombie, l'Équateur et le Pérou. Le Canada a signé des accords avec l'Argentine et l'Équateur qui ne sont pas encore en vigueur.

    Les conventions et l'exit tax

    Un aspect est rarement mentionné : certaines conventions décident aussi de la façon dont vous payez un impôt de départ. En Belgique, le report de paiement de la nouvelle taxe sur les plus-values au départ n'est automatique que vers un État dont la convention prévoit à la fois l'échange de renseignements et l'assistance au recouvrement. Parmi les douze destinations, seuls le Mexique et l'Uruguay remplissent cette condition, selon l'annexe II de la circulaire 2026/C/74 ; les conventions avec le Brésil, l'Argentine, le Chili et l'Équateur n'ont pas d'article sur le recouvrement. En France, le sursis automatique de l'article 167 bis suppose lui aussi des accords d'échange de renseignements et d'assistance au recouvrement ; qu'une des douze destinations y ouvre droit n'a pas été vérifié. Le détail se trouve dans mon article sur l'exit tax 2026.

    Le cas particulier des retraites

    C'est sur les pensions que les conventions se font le plus sentir, et elles ne vont pas toutes dans le même sens :

  • France : les conventions avec le Mexique, la Colombie, l'Équateur, le Brésil et le Panama réservent les pensions au titre d'un emploi antérieur au pays de résidence (au Panama, la France peut les imposer si le Panama ne le fait pas). Celle avec l'Argentine les réserve à l'État de la source.
  • Belgique : les conventions avec l'Argentine, le Brésil, l'Équateur et le Mexique laissent imposables en Belgique les pensions payées en exécution de la législation sociale.
  • Luxembourg : les conventions avec le Panama et l'Uruguay laissent les pensions de sécurité sociale imposables uniquement au Luxembourg.
  • Suisse : selon l'aperçu de l'Administration fédérale des contributions, les rentes du 2e pilier privé sont versées sans retenue en Argentine, en Colombie, en Équateur et au Mexique, tandis qu'au Paraguay, au Costa Rica, au Panama et au Salvador, sans convention, la retenue s'applique toujours.
  • Canada : Service Canada applique 15 % aux pensions publiques versées en Argentine, en Colombie, en Équateur, au Mexique et au Pérou, et 25 % ailleurs, sauf au Brésil pour les ressortissants brésiliens qui y résident (0 %).
  • Le détail complet, retraites complémentaires et capital compris, est dans mon guide de l'imposition des retraites en Amérique latine.

    Les accords de sécurité sociale : une autre voie

    On confond souvent convention fiscale et accord de sécurité sociale. Un accord de sécurité sociale ne décide pas qui impose vos revenus. Il décide à quel régime vous cotisez, si les périodes d'assurance des deux pays peuvent être additionnées, et parfois si une prestation continue d'être versée à l'étranger.

    Les effets sont concrets. En Suisse, la rente AVS n'est versée à l'étranger aux étrangers que s'ils sont ressortissants de l'UE, de l'AELE ou d'un pays lié par une convention. Au Canada, la Sécurité de la vieillesse n'est versée à l'étranger qu'après 20 ans de résidence, et les périodes passées dans un pays lié par un accord peuvent compter pour atteindre ces 20 ans. Le Chili se distingue : il a un accord avec les cinq pays, et ceux avec la France et la Belgique ouvrent aux retraités l'assurance maladie chilienne. Le Québec, enfin, a ses propres ententes pour le Régime de rentes du Québec, car les accords fédéraux ne visent que la Sécurité de la vieillesse et le RPC ; parmi les douze destinations, seuls le Brésil, le Chili et l'Uruguay en ont une.

    Pays territoriaux et convention absente

    Voici la clé du paradoxe apparent. Le Paraguay, le Costa Rica, le Salvador et le Panama imposent les personnes physiques selon le principe de territorialité, sur leurs seuls revenus de source locale. Si votre nouveau pays n'impose pas du tout vos revenus étrangers, une convention n'a pas grand-chose à partager. L'absence de convention avec un pays territorial n'est donc pas, en soi, un signal d'alarme.

    Mais attention à la conclusion. Sans convention, la règle de votre pays d'origine s'applique pleinement à tout revenu qu'il impose encore : une rente du 2e pilier suisse versée au Paraguay subit la retenue suisse, une pension canadienne versée au Panama subit 25 %, une pension française versée au Costa Rica subit la retenue française sans allègement conventionnel. Avec un pays à imposition mondiale comme le Mexique, la Colombie, le Brésil, l'Argentine ou le Pérou, la convention devient bien plus importante, car les deux États ont alors une prétention. La comparaison des systèmes se trouve dans mon guide des pays à fiscalité territoriale.

    La question qui vient en premier

    Voici le changement de perspective. La plupart des gens demandent d'abord : mon pays d'accueil a-t-il une convention avec mon pays d'origine ? La meilleure première question est : suis-je encore résident fiscal chez moi, oui ou non ? Tant que vous l'êtes, votre pays d'origine impose vos revenus mondiaux, et la convention devient un outil de réparation pour une situation que vous vouliez justement quitter. Sortir de la résidence fiscale est un sujet à part entière, que je traite dans pourquoi partir ne met pas fin à la résidence fiscale.

    D'abord le départ, ensuite la convention

    Une convention fiscale répartit des droits d'imposer ; ce n'est pas un cadeau fiscal, et son existence est souvent surestimée. Pas de convention ne veut pas dire automatiquement double imposition, surtout avec un pays territorial, et une convention ne met pas fin à votre résidence au pays. Le bon ordre est le suivant : un départ bien préparé, une vraie résidence nouvelle avec de la substance, et seulement ensuite la convention, pour ajuster les revenus que votre pays d'origine atteint encore. Pour voir comment résidence et substance tiennent ensemble, lisez pourquoi la substance l'emporte sur une boîte aux lettres.

    C'est exactement l'ordre que je suis avec mes clients, pour que la question de la convention soit réglée par la structure, pas par l'espoir.

    Si vous voulez savoir si votre pays d'accueil a une convention avec votre pays d'origine, et si cela compte pour vos revenus, mettons-le en place ensemble. Réservez un échange avec moi, le lien se trouve juste en dessous.

    👉 Réserver une consultation avec Harley

    Carpe Diem. La vie est courte et éphémère. Une seule chance. Faites-en quelque chose.