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Fiscalité11 min de lecture6 octobre 2026

Le Costa Rica veut imposer les revenus étrangers : ce que le projet 25.796 change pour les expatriés

Le Costa Rica veut imposer à 15 % intérêts, dividendes, loyers et plus-values de source étrangère. Ce que prévoit le projet 25.796 et ce que dit la loi.

Harley Bieder
Par Harley Bieder, Spécialiste de l'Amérique latine, VidaLibrePlan

Depuis des décennies, le Costa Rica est connu comme un pays qui n'impose que ce qui est gagné sur son territoire. C'est précisément là que le gouvernement veut aujourd'hui changer les choses. Le 22 septembre 2026, le ministère des Finances a déposé à l'Asamblea Legislativa un projet de loi destiné à appréhender les revenus de l'étranger : intérêts, dividendes, redevances, loyers et plus-values. Le projet porte le numéro Expediente 25.796, et son intitulé officiel en espagnol est Ley sobre el gravamen de rentas pasivas de fuente extranjera y eliminación de créditos fiscales por la emisión de valores de oferta pública temáticos. C'est ce qu'indique le communiqué du Ministerio de Hacienda du 22 septembre 2026.

Si vous vivez au Costa Rica comme expatrié ou retraité, ou si vous comptez vous y installer, c'est une nouvelle sérieuse, mais ce n'est pas encore le droit applicable. Le projet a été déposé, pas adopté. Ce qu'il prévoit selon le ministère, ce qui s'applique aujourd'hui, les étapes qu'il doit encore franchir et ce qu'il signifierait pour les pensions d'une part et les revenus du capital d'autre part : les sources primaires permettent de bien distinguer tout cela.

Ce que le ministère des Finances a présenté

Hacienda a déposé deux projets le 22 septembre. Le premier, l'Expediente 25.797, réorganise les avantages fiscaux et supprime les exonérations de droits de douane, de TVA, d'accises et de taxe sur les véhicules, sauf lorsqu'elles sont expressément maintenues. Le second, l'Expediente 25.796, est celui qui compte pour les nouveaux arrivants.

Selon le communiqué, il ferait entrer dans le système fiscal les revenus passifs de l'étranger perçus par les résidents du Costa Rica. Cinq catégories sont citées :

  • les intérêts,
  • les dividendes,
  • les redevances (*regalías*),
  • les loyers (*alquileres*),
  • les plus-values (*ganancias de capital*).
  • Il viserait les personnes physiques, les personnes morales, les fiducies (fideicomisos), les fonds d'investissement et autres structures résidant au Costa Rica, même s'ils n'exercent aucune activité économique. Le taux général serait de 15 %. Le ministère évoque aussi la possibilité d'imputer (acreditar) les impôts similaires payés ou retenus à l'étranger, afin d'éviter la double imposition.

    Le cadrage politique vient du vice-ministre chargé des recettes, Víctor Julio Carvajal, dans le même communiqué. Les deux projets s'inscrivent, selon lui, dans la stratégie nationale contre la contrebande et la fraude fiscale, et visent « surtout certains secteurs qui profitent encore de failles juridiques ».

    La seconde partie de l'intitulé, la suppression des crédits d'impôt pour les émetteurs de titres dits thématiques, concerne le marché des capitaux costaricien et n'a guère d'importance pour les investisseurs particuliers qui vivent dans le pays.

    Ce qui s'applique aujourd'hui : le principe de territorialité, avec une exception

    La base est la loi sur l'impôt sur le revenu, la Ley 7092 dans sa version en vigueur. Son article 1 impose les bénéfices des personnes qui exercent des activités de source costaricienne. Est de source costaricienne ce qui est gagné exclusivement sur le territoire national : les services rendus dans le pays, les biens qui s'y trouvent, les capitaux qui y sont placés et les droits qui y sont exploités. C'est le principe de territorialité qui a rendu le Costa Rica si attrayant pour ceux qui s'installent à l'étranger. En quoi le Costa Rica se distingue sur ce point de la plupart de ses voisins, notre panorama des pays à fiscalité territoriale en Amérique latine le montre.

    Depuis 2023, il existe une exception étroitement circonscrite. La loi 10.381 du 14 septembre 2023, qui devait, selon son intitulé, faire sortir le Costa Rica de la liste de l'UE des juridictions fiscales non coopératives, a complété l'article 1 ; les modifications sont signalées dans la version en vigueur de la Ley 7092. Depuis, certains revenus passifs étrangers sont imposables à titre d'exception : dividendes, intérêts, redevances, plus-values, revenus immobiliers et autres revenus de capitaux mobiliers. Mais seulement s'ils sont perçus par une société appartenant à un groupe multinational et considérée en même temps comme une « entité non qualifiée ».

    Le détail figure aux articles 2 bis, 2 ter, 2 quater et 2 quinquies :

  • L'article 2 bis définit l'entité qualifiée : elle dispose d'une substance économique suffisante au Costa Rica, appréciée pour chaque revenu étranger pris isolément.
  • L'article 2 ter précise ce qu'est la substance : suffisamment de personnel et d'infrastructures dans le pays, des décisions stratégiques et des risques assumés au Costa Rica, des coûts propres pour l'acquisition, la détention et la cession des actifs. Les sociétés holding pures et les sociétés qui détiennent des biens immobiliers sont dispensées d'une partie de ces exigences.
  • L'article 2 quater définit le groupe multinational : deux personnes morales liées ou plus, situées dans des pays différents.
  • L'article 2 quinquies est une clause anti-abus. L'administration fiscale peut écarter les montages dépourvus de raison économique et traiter une société comme non qualifiée.
  • Ces revenus sont imposés selon le chapitre XI de la loi, c'est-à-dire comme des revenus du capital. Le taux est fixé à l'article 31 ter à 15 %. Selon ce même article, l'entité non qualifiée peut imputer l'impôt étranger, autrement dit le déduire de l'impôt costaricien, dans la limite de l'impôt costaricien dû sur le même revenu.

    Pour vous, en tant que particulier, cela signifie que dans l'état actuel du droit, l'exception de 2023 ne s'applique pas aux personnes physiques. Elle vise les sociétés de groupe sans substance. Selon le ministère, le projet 25.796 supprimerait précisément cette limite en s'appliquant à tous les résidents.

    Ce qui changerait

    L'essentiel tient en une phrase : une règle spéciale pour les sociétés de groupe deviendrait un impôt général sur les revenus passifs étrangers pour toute personne résidant au Costa Rica. Selon le communiqué, le projet étend l'imposition à determinadas rentas pasivas extranjeras, certains revenus passifs étrangers ; les revenus actifs n'y sont pas mentionnés. Pour les intérêts, dividendes, loyers, redevances et plus-values de l'étranger, en revanche, le principe de territorialité prendrait fin.

    L'Asamblea Legislativa conserve le texte déposé dans son système d'information SIL, vers lequel renvoie aussi le ministère. Trois points méritent une attention particulière :

  • Comment la résidence est déterminée. Le communiqué parle de *residentes en Costa Rica*, sans préciser selon quels critères. Que ce soient les jours de présence, le domicile ou le centre des intérêts qui tranchent dépend des règles auxquelles renvoie le texte. À quel point titres de séjour, naturalisation et assujettissement à l'impôt se rattachent différemment à la présence, notre article sur la durée de présence minimale en Amérique latine l'explique.
  • Comment l'impôt étranger est pris en compte. Ici, le communiqué et le projet divergent. Le ministère parle de pouvoir *acreditar*, c'est-à-dire imputer, les impôts étrangers similaires. Le cabinet de conseil KPMG Costa Rica a analysé le texte déposé dans un Newsflash du 29 septembre 2026 et parvient à une autre conclusion : le projet reconnaîtrait l'impôt payé à l'étranger par *un esquema de deducción y no de acreditación*, c'est-à-dire comme une déduction de l'assiette plutôt qu'une imputation. Ce serait un écart par rapport à la règle actuelle de l'article 31 ter, qui prévoit une véritable imputation pour les sociétés de groupe.
  • À partir de quand l'impôt s'appliquerait. Le communiqué ne donne aucune date, et selon KPMG le projet n'est pas encore en vigueur.
  • Un calcul simple montre l'ampleur de l'écart entre imputation et déduction. Supposons que vous perceviez un dividende de 1 000 USD sur lequel 150 USD de retenue à la source ont été prélevés à l'étranger. Avec une imputation, l'impôt costaricien s'élèverait à 150 USD, sur lesquels les 150 USD payés à l'étranger seraient imputés : il ne resterait rien à payer. Avec une déduction, les 150 USD seraient retranchés de l'assiette, et 15 % seraient dus sur les 850 USD restants, soit 127,50 USD de plus. Au total, un dividende de 1 000 USD supporterait alors 277,50 USD d'impôt. Les chiffres sont fictifs ; ils ne servent qu'à illustrer le mécanisme.

    Le chemin vers la loi

    Au Costa Rica, un projet déposé est encore loin d'être une loi. La Constitution fixe les étapes :

  • Seul le Parlement fixe l'impôt. Selon l'article 121, alinéa 13, l'établissement d'impôts nationaux relève exclusivement de l'Asamblea Legislativa. Le droit d'initiative du gouvernement découle de l'article 123.
  • Deux débats à des jours différents. Selon l'article 124, tout projet doit passer par deux débats, chacun un jour différent et non consécutif. Il lui faut ensuite la sanction du gouvernement et la publication dans *La Gaceta*.
  • Pas de raccourci par les commissions. En temps normal, le Parlement peut confier des projets à des commissions dotées de pleins pouvoirs législatifs. Pour les projets qui créent ou modifient des impôts nationaux, l'article 124 l'exclut. Le projet 25.796 doit donc être tranché en séance plénière.
  • Veto et entrée en vigueur. Le gouvernement peut renvoyer une loi adoptée avec des objections dans un délai de dix jours ouvrables (articles 125 et 126). Une loi prend effet à la date qu'elle fixe, à défaut dix jours après sa publication au journal officiel (article 129).
  • La durée de ce parcours est imprévisible, et le texte final peut différer du texte déposé. Pour votre planification, retenez donc que tant que le projet 25.796 n'est pas adopté et publié au journal officiel, l'article 1 s'applique dans sa forme actuelle. Dans la base juridique SCIJ, il figure dans sa version de 2023.

    Pensions et revenus du capital : deux questions différentes

    Pour les retraités, c'est la distinction la plus importante, et elle demande une lecture attentive.

    Le communiqué ne mentionne pas les pensions. La liste des revenus visés comprend les intérêts, dividendes, redevances, loyers et plus-values. Les pensions de retraite n'y figurent pas. Dans la loi actuelle, elles relèvent d'ailleurs d'une autre partie : la Ley 7092 les traite dans un titre II distinct, l'impôt sur les revenus salariaux, qui couvre selon l'article 32 aussi les jubilaciones y pensiones de cualquier régimen. Les revenus du capital dont parle le projet figurent en revanche au chapitre XI. Seul le texte de loi définitif permettra de dire si la version finale du projet 25.796 touche aux pensions. D'après tout ce que le ministère a décrit publiquement jusqu'ici, elles ne sont pas l'objet du projet.

    Les revenus du capital, en revanche, le sont pleinement. Si vous vivez au Costa Rica et détenez un compte-titres à l'étranger, percevez des intérêts sur un dépôt à terme ou louez un appartement dans votre pays d'origine, vous auriez exactement les revenus que cite le projet. Les gains de cession de valeurs mobilières relèvent eux aussi des ganancias de capital telles que décrites. Pour beaucoup de retraités, c'est là le vrai sujet : la pension elle-même pose rarement problème, contrairement au capital qui l'accompagne.

    Le Costa Rica pour les retraités dans son ensemble, avec le statut Pensionado, les coûts et la santé, fait l'objet de notre article prendre sa retraite au Costa Rica.

    Double imposition : tout dépend de votre pays d'origine

    Payer deux fois ou non ne dépend pas seulement du droit costaricien, mais aussi de l'existence d'une convention fiscale entre votre pays d'origine et le Costa Rica, de ce que cette convention autorise chaque État à imposer et de la façon dont elle traite le système territorial costaricien.

    En l'absence de convention, il n'y a ni plafond conventionnel de retenue à la source ni obligation conventionnelle pour le Costa Rica d'accorder une imputation. La prise en compte de l'impôt étranger dépendrait alors uniquement de la règle de la loi costaricienne, qui, selon l'analyse de KPMG, prend la forme d'une déduction de l'assiette. La situation conventionnelle qui s'applique à vous dépend de votre pays d'origine :

    Ce que vous pouvez faire dès maintenant

    Ne vous précipitez pas. Le projet n'est pas une loi, et son texte peut encore évoluer au Parlement. Vendre des placements ou un bien immobilier maintenant, c'est agir sur la foi d'un communiqué de presse.

    Classez vos revenus. Séparez nettement vos pensions des intérêts, dividendes, loyers, redevances et plus-values. Le ministère ne cite que ce second groupe. Pour chaque revenu, notez dans quel pays il naît et combien d'impôt y est retenu.

    Rassemblez les justificatifs. Qu'il s'agisse au final d'une imputation ou d'une déduction, vous aurez besoin dans les deux cas de preuves de l'impôt payé à l'étranger. Les attestations fiscales de votre banque et vos avis d'imposition ont leur place dans un classement ordonné, pas dans un carton.

    Vérifiez votre résidence. Que la nouvelle loi vous concerne ou non dépend du fait que vous soyez considéré comme résident du Costa Rica. Les titres de séjour existants et leurs conditions sont présentés dans notre article sur la résidence au Costa Rica. Le titre de séjour, à lui seul, ne règle cependant pas la question fiscale.

    Suivez la procédure. L'état d'avancement de l'Expediente 25.796 est tenu à jour dans le système d'information de l'Asamblea Legislativa. Les choses deviendront intéressantes dès qu'une commission examinera le projet et que des amendements seront déposés.

    Faites-vous conseiller avant de restructurer. Si vous percevez des revenus du capital importants de l'étranger, faites calculer l'effet par un conseiller fiscal qui connaît les deux systèmes juridiques, une fois le texte arrêté.

    Notre regard plus large sur le Costa Rica, avec avantages, inconvénients et coût de la vie, se trouve dans l'article sur l'installation au Costa Rica, et les données essentielles sur la page pays du Costa Rica.

    Pour les revenus actifs, le Costa Rica reste pour l'instant un pays territorial, et pour les pensions, le projet ne prévoit à ce jour aucun changement. Pour les revenus du capital de source étrangère, en revanche, le gouvernement a annoncé ce qu'il veut. C'est l'Asamblea Legislativa, réunie en séance plénière, qui décidera si et sous quelle forme cela deviendra loi.