La plupart des guides consacrés au Chili présentent les différents visas, puis s'arrêtent là. La question vraiment importante vient ensuite, et dans le cas du Chili elle est particulièrement intéressante : comment exploiter la fenêtre d'exonération qui peut durer jusqu'à six ans, à partir de quand devenez-vous résident fiscal, et comment la fiscalité chilienne s'articule-t-elle avec celle du pays que vous quittez ? Je suis réaliste, pas vendeur, et c'est précisément sur ce point que le Chili devient pour vous un avantage fiscal ou un piège. Je dépasse donc volontairement les simples règles de visa et je relie dès le départ la question du séjour à la planification fiscale, car au Chili les deux sont indissociables.
Le système des visas en bref
Depuis le 12 février 2022, c'est la Ley 21.325 qui s'applique, et l'autorité compétente est le service des migrations, le SERMIG. Les ressortissants de l'Union européenne, de la Suisse, du Canada et de nombreux autres pays occidentaux entrent sans visa comme touristes pour 90 jours au plus. Au-delà, il vous faut une Residencia Temporal, accordée notamment aux salariés titulaires d'un contrat, aux retraités et aux personnes disposant de revenus passifs, aux investisseurs et aux entrepreneurs, ainsi qu'aux étudiants. Un point structure toute la procédure : la plupart des visas doivent être demandés depuis l'étranger, avant l'entrée sur le territoire, auprès des consulats chiliens ou via le système en ligne du SERMIG. En règle générale, la nouvelle loi ne permet plus d'entrer comme touriste puis de changer de statut sur place, une erreur fréquente et coûteuse.
La loi est également stricte sur les pièces justificatives. Si un document est incomplet, mal traduit, ou n'est pas correctement légalisé ou apostillé, vous disposez souvent de 10 à 60 jours seulement pour régulariser ; faute de quoi la demande entière est supprimée et tout est à recommencer. Pour justifier de ressources suffisantes, on cite souvent, à titre indicatif, un revenu mensuel d'environ 600 EUR, mais le montant exact dépend de la catégorie de visa et de la taille de la famille. Pour la plupart des nouveaux arrivants dont les revenus sont passifs ou indépendants du lieu de travail, le visa de retraité ou une catégorie de résidence temporaire adaptée à leur situation sont les voies naturelles. Le visa d'investisseur, dont le seuil a été relevé à 500 000 USD en 2022, n'intéresse plus guère la majorité. La bonne catégorie dépend avant tout de l'origine de vos revenus et doit être arrêtée avant la première demande, car un changement de catégorie depuis le Chili n'est possible que de façon limitée.
De la résidence temporaire à la résidence définitive
Après votre arrivée, vous vous enregistrez auprès de la police d'investigation (Policía de Investigaciones, PDI) et vous demandez à l'état civil votre RUN (Rol Único Nacional), le numéro d'identification chilien indispensable à presque toutes les démarches du quotidien. En principe après deux ans de statut temporaire, et si vous remplissez les conditions (séjour continu, bonne conduite et justificatif de revenus), vous pouvez demander la Residencia Definitiva, le titre de séjour à durée illimitée. Pour certaines catégories, c'est possible dès douze mois. La Residencia Definitiva s'éteint toutefois après deux ans d'absence ininterrompue ; une prolongation unique de deux ans supplémentaires peut être obtenue auprès du consulat chilien, à demander 60 jours avant l'échéance. Après cinq ans de résidence, le temps passé sous statut temporaire étant pris en compte, la voie de la nationalité s'ouvre ; j'y consacre un guide distinct.
Un conseil pratique sur la résidence durable : déposez la demande de prolongation ou de changement de statut à temps, en général environ 90 jours avant l'expiration du statut en cours, car sous cette loi stricte un délai manqué peut entraîner la perte du statut. Si vous voyagez beaucoup, surveillez aussi les règles d'absence, pour que ni le chemin vers la Definitiva ni la Definitiva elle-même ne soient compromis par de longs séjours à l'étranger.
L'essentiel : la fenêtre fiscale de six ans
Venons-en à ce qui rend le Chili si particulier sur le plan fiscal. Pour les étrangers nouvellement installés, le Chili applique un système territorial aménagé : pendant les trois premières années à compter de l'arrivée, prolongeables sur demande jusqu'à six ans, vous devenez résident fiscal, mais vous n'êtes imposé que sur vos revenus de source chilienne. Les revenus perçus dans le monde entier, les plus-values, les dividendes et les loyers de l'étranger restent exonérés pendant cette période, même si vous les rapatriez au Chili. Ce régime, souvent appelé tax holiday, figure parmi les avantages fiscaux légaux les plus généreux qu'un pays développé accorde aux nouveaux arrivants. Ce n'est qu'à la fin de la fenêtre que vous basculez dans le principe ordinaire de l'imposition des revenus mondiaux.
Concrètement, la fenêtre de six ans est le moment idéal pour les opérations fiscalement sensibles : vendre des actifs à l'étranger, réaliser des plus-values sur des placements, restructurer un portefeuille ou percevoir un capital, puisque tout cela reste exonéré au Chili durant cette période. Si vous planifiez la fenêtre au lieu de la laisser filer, vous captez l'essentiel de l'avantage fiscal d'une installation au Chili. Un exemple : un entrepreneur qui veut céder une participation européenne après son départ peut caler la vente pour que, côté chilien, la plus-value tombe dans la fenêtre exonérée. La vision à deux pays reste indispensable, car le départ doit aussi être réglé proprement dans le pays d'origine pour que l'avantage joue. C'est là que se sépare une expatriation réfléchie d'un déménagement improvisé qui laisse filer les avantages fiscaux.
Quand devenez-vous résident fiscal ?
Le seuil est clairement défini : vous devenez résident fiscal si vous passez plus de 183 jours au total au Chili, d'affilée ou non, sur une période quelconque de douze mois, ou si vous y établissez votre domicile (domicilio). Les Chiliens sont soumis à la même règle. La nuance compte : pour les étrangers, la fenêtre d'exonération commence à l'arrivée, et même résident fiscal, vous ne payez l'impôt pendant les trois à six premières années que sur vos revenus de source chilienne. Un effet secondaire appréciable : les étrangers peuvent continuer à cotiser pour leur santé et leur retraite dans leur pays d'origine, là où ils cotisaient jusqu'ici. C'est particulièrement intéressant pour ceux qui ne veulent pas renoncer à une couverture santé ou retraite privée existante, mais souhaitent tout de même vivre au Chili.
L'envers de la règle des 183 jours mérite aussi votre attention : si vous voulez éviter la résidence et être traité en non-résident, vous devez compter rigoureusement vos jours, car le simple dépassement du seuil sur une période quelconque de douze mois fait naître l'obligation fiscale chilienne. Pour la plupart des personnes qui s'installent justement pour profiter de la fenêtre, la résidence est au contraire le but recherché.
Les taux d'imposition, et ce que le Chili n'impose pas
Après la fenêtre s'applique le barème progressif de l'impôt sur le revenu, le Global Complementario, de 0 à 40 %. Le taux marginal maximal ne s'atteint qu'avec des revenus très élevés, si bien que la charge effective reste souvent inférieure pour les nouveaux arrivants. Au niveau des sociétés, l'impôt est de 27 %, et de 12,5 % pour les petites et moyennes entreprises relevant du régime préférentiel. Le Chili ne connaît pas d'impôt général sur les plus-values : plus-values et dividendes relèvent de l'impôt sur le revenu. Les gains sur actions cotées à forte présence boursière supportent encore en 2026 un impôt unique de 10 % et deviennent exonérés à partir du 1er janvier 2027 en vertu de la loi 21.850 ; pour l'immobilier, c'est la franchise de 8 000 UF décrite dans le guide consacré à l'achat immobilier qui s'applique. La TVA (IVA) est de 19 %.
Point appréciable : le Chili ne prélève aucun impôt sur la fortune. Les successions et donations restent en revanche soumises à l'impôt prévu par la loi 16.271 ; pour les donations aux héritiers réservataires, la loi 21.850 accorde une réduction unique de 50 % de cet impôt pendant un an à compter du 1er décembre 2026. Il n'existe pas non plus d'exit tax sur des plus-values latentes lorsque vous quittez le Chili. Pour les patrimoines importants, l'absence d'impôt sur la fortune est un avantage net face aux pays qui taxent la simple détention d'actifs. Le Chili applique par ailleurs l'échange automatique de renseignements selon la norme CRS de l'OCDE : soldes de comptes et revenus de placements sont déclarés entre les États participants, une raison de plus pour organiser votre patrimoine et vos comptes de façon propre et transparente dès votre installation. Le résumé fiscal de PwC pour le Chili (en anglais) donne les taux en vigueur.
Conventions fiscales : ce qui change à la fermeture de la fenêtre
Le Chili a conclu 37 conventions de non-double imposition, mais l'existence d'une convention avec votre pays d'origine, et sa portée, varient beaucoup d'un pays à l'autre. Pour la plupart des personnes qui s'installent, la fenêtre fiscale désamorce le sujet : pendant les trois à six premières années, le Chili n'impose de toute façon pas les revenus étrangers, et la question de la double imposition ne se pose donc pas. Elle ne devient pertinente qu'ensuite, lorsque s'applique l'imposition des revenus mondiaux, car vos revenus étrangers peuvent alors en principe être imposés à la fois dans le pays de source et au Chili. Si vous comptez rester au Chili au-delà de la fenêtre et continuer à percevoir des revenus étrangers significatifs, par exemple une pension de votre pays d'origine, faites chiffrer cette situation bien avant l'échéance. Pour les revenus qui tombent entièrement dans la fenêtre exonérée, rien de tout cela ne compte, et c'est pourquoi la question des conventions ne se pose vraiment, pour beaucoup, qu'au moment de décider de rester durablement. Voici la situation de votre pays d'origine vis-à-vis du Chili :
Quitter votre pays d'origine
Le départ de votre pays d'origine doit être examiné séparément du volet chilien. La fin de votre résidence fiscale au moment du départ, l'éventuelle exit tax sur des participations, le sort des revenus qui continuent de venir de votre pays, comme les loyers d'un bien que vous y conservez : tout cela dépend du pays que vous quittez. Une règle vaut partout : planifiez le départ indépendamment de la question de la résidence fiscale chilienne, et idéalement de façon que la fenêtre chilienne et la date de votre départ s'emboîtent. Des démarches bâclées dans votre pays exposent à ce qu'il vous considère toujours comme résident, et tout l'avantage chilien tombe alors à l'eau.
La stratégie pratique
Pour beaucoup, il en découle un ordre clair : réaliser le départ du pays d'origine proprement et en le documentant, choisir au Chili le visa adapté et y établir la résidence, utiliser délibérément la fenêtre de six ans pour les opérations fiscalement sensibles, puis réévaluer bien avant son échéance la situation pour la suite. Cela inclut la question de savoir si un séjour durable a du sens une fois l'imposition mondiale en place, compte tenu de la position conventionnelle de votre pays, ou si un nouveau changement de pays est préférable. Le Chili récompense une planification délibérée sur plusieurs années comme peu d'autres destinations de cette série. Contrairement aux pays à fiscalité simplement faible, son attrait ne tient pas à des taux durablement bas, mais à cette fenêtre unique de plusieurs années, combinée à un environnement stable et juridiquement sûr. Pour ceux qui prévoient de toute façon plusieurs années en Amérique du Sud et ont de grandes décisions patrimoniales à prendre durant cette période, la combinaison est difficile à battre. Les autres doivent se poser franchement la question : pourrez-vous réellement exploiter la fenêtre, ou une autre destination à la charge durablement plus faible vous conviendrait-elle mieux ?
Si vous voulez savoir comment tirer le meilleur parti de la fenêtre fiscale chilienne, à partir de quand vous deviendrez résident fiscal et ce que la position conventionnelle de votre pays signifiera une fois la fenêtre refermée, faites examiner votre situation individuellement avant de déposer votre demande.
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