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Nationalité13 min de lecture8 juin 2026

Argentine : le chemin le plus rapide vers un deuxième passeport en 2026

Deux ans pour un passeport argentin, mais la règle sans sortie du territoire est tombée et la naturalisation revient aux juges : le droit 2026 expliqué.

Harley Bieder
Par Harley Bieder, Spécialiste de l'Amérique latine, VidaLibrePlan

Deux ans pour un passeport argentin, mais la règle des deux ans sans sortie du territoire est tombée et la naturalisation revient aux tribunaux : la nouvelle situation juridique de 2026, expliquée clairement.

L'Argentine offre l'un des chemins les plus rapides au monde vers un passeport solide : après seulement deux ans de résidence légale, vous pouvez demander la naturalisation, et le passeport argentin se classe autour de la 15e place mondiale, avec un accès sans visa à environ 170 destinations. Mais c'est précisément là que le séisme juridique a frappé en 2026, et si vous planifiez avec ce que vous saviez il y a trois mois, vous planifiez mal. La fameuse règle des deux ans sans un seul voyage à l'étranger a été annulée par les tribunaux, et toute la procédure d'accès à la nationalité est en train de revenir entre les mains de la justice. Je vous présente la nouvelle situation, avec lucidité et en m'appuyant sur les décisions qui comptent.

Le socle : la Ley 346, en vigueur depuis 1869

D'abord ce qui ne change pas, ensuite ce qui bouge. La naturalisation est régie par l'article 2 de la Ley 346 de 1869 : deux ans de résidence continue et légale, des moyens d'existence licites, aucune procédure pénale pertinente et la majorité. Deux ans, c'est la voie ordinaire la plus courte parmi pratiquement toutes les destinations d'expatriation sérieuses. Ce socle de deux ans n'a jamais été remis en cause ; il a valeur constitutionnelle. Ce qui a changé en 2025, c'est la manière de compter ces deux années et l'autorité qui statue sur votre demande. Et ce sont précisément ces deux changements qui viennent d'échouer devant les tribunaux, dans plusieurs affaires et avec une motivation claire.

Le séisme : ce que les tribunaux ont annulé en 2026

Procédons dans l'ordre. Le décret 366/2025 du président Milei avait fait deux choses : il redéfinissait les deux ans comme deux années sans un seul voyage à l'étranger, et il retirait la naturalisation aux juges fédéraux pour la confier à l'autorité migratoire, la DNM. Les tribunaux ont désormais tranché sur ces deux points.

Le 18 juin 2026, la chambre III de la Cámara Nacional de Apelaciones en lo Civil y Comercial Federal a déclaré le décret inconstitutionnel dans l'affaire Volosh (en anglais) : il n'existait ni nécessité ni urgence justifiant de légiférer par décret en contournant le Congrès, d'autant que le décret avait été pris en pleine session parlementaire ordinaire. Puis, le 30 juin 2026, est tombé le coup décisif : la Cámara Nacional Electoral (en anglais) a déclaré le décret nul de nullité absolue et insusceptible de régularisation dans l'affaire Yang Liping, et a ordonné que l'arrêt soit notifié à l'autorité migratoire et à chaque juge fédéral compétent. Sa motivation : la nationalité est indissociable du droit de vote, et seul le Congrès peut légiférer sur le droit de vote. Conséquence pratique : la compétence revient aux juges fédéraux, qui la détiennent depuis 1869.

Ce que cela signifie concrètement

La règle d'interdiction de sortie est tombée. Ce qui avait fait de l'Argentine, pendant deux ans, le pays aux règles de présence les plus strictes du continent, à savoir l'interdiction de tout voyage à l'étranger, ne tient plus au regard de la jurisprudence actuelle. Le gouvernement a porté l'affaire devant la Cour suprême, de sorte que la règle reste contestée jusqu'à sa décision. C'est malgré tout la meilleure nouvelle de l'année pour quiconque s'installe en Argentine.

Les juges reprennent la main. L'autorité migratoire avait de toute façon freiné les procédures : début 2026, les demandes étaient gelées et, jusque-là, elle n'avait accordé pratiquement aucune naturalisation. La voie opérationnelle passe de nouveau par les tribunaux fédéraux.

La nationalité par investissement : annoncée, sans dépôt de demandes possible

Le programme de « naturalisation par investissement significatif » introduit par le décret 524/2025 (il était question d'environ 500 000 USD) repose sur le même fondement inconstitutionnel. Le raisonnement qui a fait tomber la naturalisation par décret s'applique tout autant à la voie investisseur. De plus, le programme était dès le départ un tigre de papier : le ministère de l'Économie n'a jamais défini ce qu'est un « investissement significatif », et cette voie n'a jamais accepté une seule demande. Mon conseil est clair : miser aujourd'hui sur un passeport argentin en échange d'un investissement, c'est parier sur un cheval qui ne courra jamais.

Une réserve toutefois : le gouvernement a annoncé un recours devant la Cour suprême. Le dernier mot n'a pas encore été dit. Mais la direction est nette, et vous devez planifier sur la base de la jurisprudence actuelle, pas sur celle d'un décret annulé deux fois.

La question côté pays d'origine : pouvez-vous garder votre passeport actuel ?

L'Argentine elle-même est généreuse : elle n'exige pas que vous renonciez à votre nationalité actuelle, la double et la multiple nationalité sont admises et, une fois accordée, la nationalité argentine ne peut pas être retirée.

Savoir si votre pays d'origine vous laisse conserver son passeport lorsque vous acquérez volontairement une autre nationalité est une autre question, et c'est le droit de votre pays d'origine qui en décide, pas celui de l'Argentine. Certains pays admettent la double nationalité sans condition, d'autres exigent une autorisation de conservation avant la naturalisation, et quelques-uns retirent automatiquement leur nationalité. Vérifiez ce point avant de déposer la demande de naturalisation, car c'est à ce moment-là que tout se joue.

Ce que vaut réellement ce passeport

Pourquoi tant d'efforts ? Parce que le passeport argentin compte parmi les plus solides d'Amérique latine. Environ 170 destinations sont accessibles sans visa ou avec visa à l'arrivée, dont l'ensemble de l'espace Schengen, et le document se classe autour de la 15e place mondiale. S'y ajoute l'avantage Mercosur, qui facilite la résidence et l'accès au Brésil, en Uruguay et dans les pays voisins. Et contrairement à bien des passeports dits « rapides », la nationalité argentine n'est plus liée à la présence une fois accordée : elle est irrévocable et vous suit où que vous viviez. Pour beaucoup de mes clients, l'Argentine n'est donc pas le pays de résidence, mais la source de passeport au meilleur rapport entre effort et puissance. Vous accumulez deux ans de résidence, vous obtenez un document de voyage solide et irrévocable, puis vous restez libre d'établir votre domicile et votre résidence fiscale là où cela a le plus de sens pour vous.

Combien de temps faut-il réellement aujourd'hui ?

À bien compter, le parcours comporte deux étapes. D'abord les deux ans de résidence légale, qui ont valeur constitutionnelle et ne peuvent pas être raccourcis. Ensuite la procédure de naturalisation proprement dite, qui passe de nouveau par un juge fédéral. C'est précisément là que les choses bougent en 2026 : après que l'autorité migratoire a pratiquement paralysé les procédures, la compétence revient aux tribunaux, ce qui apportera de la clarté à moyen terme, mais un engorgement à court terme. Pour la phase judiciaire, comptez de plusieurs mois à plus d'un an, selon le tribunal et l'état de votre dossier. Qui a constitué ses deux années correctement et les a documentées sans lacune passe le plus vite, car les demandes de pièces complémentaires sont la première cause de retard.

Les deux ans argentins sont-ils vraiment le chemin le plus court dans votre cas ? Cela dépend de la porte que vous empruntez et des autres pays où vous pourriez remplir les conditions. La comparaison complète se trouve dans la naturalisation en Amérique latine : 21 pays comparés.

La feuille de route en quatre étapes

Premièrement, constituez vos deux ans de résidence légale, via le statut Rentista, Pensionado ou un autre titre ; je décris le parcours dans le guide de la résidence en Argentine. Deuxièmement, documentez tout avec rigueur : séjour légal, moyens d'existence, extrait de casier judiciaire vierge, et chaque document étranger apostillé et traduit par un traducteur assermenté. Troisièmement, déposez la demande auprès du juge fédéral de votre lieu de résidence. Quatrièmement, avant le dépôt, vérifiez si votre pays d'origine vous permet de conserver votre nationalité actuelle et s'il exige au préalable une autorisation de votre part.

Et ma règle habituelle pour finir : la nationalité n'est pas une question fiscale. Le passeport fait de vous un Argentin ; il ne vous rend pas automatiquement imposable en Argentine, et il n'efface pas non plus les obligations anciennes dans votre pays d'origine. Résidence, statut fiscal et passeport sont trois questions distinctes, et c'est ainsi qu'il faut les planifier : chacune correctement pour elle-même, aucune aux dépens des autres. Ce que votre pays d'origine continue d'imposer une fois que vous vivez en Argentine dépend du pays d'où vous venez :

Si le passeport argentin est votre objectif, construisons ensemble la feuille de route à travers cette situation juridique nouvelle et mouvante : dans les règles, de façon à tenir devant un tribunal et en phase avec les dernières décisions.

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